Quand l'information devient divertissement
Par Erwan Le Vexier le mercredi 26 mai 2010, - Médias - Lien permanent
Il y a une crise de
l'information à n'en pas douter. Cela ne date pas d'hier, entre le
développement quasi anarchique des nouveaux moyens d'expression et les journaux
"gratuits" venus compléter une liste de médias déjà bien large, le citoyen ne
sait plus où donner de la tête pour savoir ce qu'il se passe dans le monde. Ce
qui pourrait être une source idéale de connaissance glisse vers quelque chose
de diamétralement opposé comme l'a dénoncé dernièrement le Président Barack
Obama.
Lors de sa visite à l'université de Hampton en Virginie le 9 mai 2010, le
président des Etats Unis Barack Obama a déclaré: "l'information est devenue une
distraction, une diversion, une forme de divertissement au lieu d'un outil
ouvrant des possibilités, permettant de s'émanciper". Il est heureux de voir
qu'un homme écouté par toute la planète puisse lancer cette vérité. S'adressant
à un jeune auditoire d'étudiants il a ajouté : "Vous entrez dans la vie
adulte dans un monde où nous sommes bombardés d’informations en continu sur
toutes sortes de sujets et qui nous exposent à toutes sortes d’argumentaires
dont la véracité de certains est pour le moins douteuse". Il pointa du doigt
les bouleversement de ces années en précisant "Nous ne pouvons pas arrêter ces
changements, mais nous pouvons nous y adapter". Effectivement il est difficile
de trier la bonne info au milieu de cette effervescence. Comment distinguer le
vrai boulot de journalisme du simple copier/coller. On pourrait croire qu'il
suffit de mettre de côté les médias estimés trop rapidement comme "amateurs"
(blogs, réseaux sociaux) et de se concentrer uniquement sur les "grands
médias". Grave erreur car dans la course à celui qui voudra être le premier à
mettre en ligne ou à diffuser un scoop les professionnels de l'info ont la
fâcheuse tendance à reprendre ce qui traine sur la toile et vice versa. La
rigueur professionnelle veut que le travail de vérification, qui fait partie
des fonctions du secrétaire de rédaction (poste en voie de disparition dans les
rédactions) soit accompli avant publication. Aujourd'hui on corrige une fois
l'info mise en ligne et tant pis si entre temps des milliers d'internautes
l'ont lue, reprise sur leurs blogs et partagées dans leurs réseaux sociaux.
Cette façon de faire est en grande partie la cause de la crise de confiance
envers le métier de journaliste.
On consomme de l'info comme de la musique en allumant la radio le matin puis en
l'écoutant dans la voiture et/ou dans son lecteur MP3. Oui l'info divertie, pas
une journée sans son cortège d'accidents de la route, d'attentats, de crashs,
de catastrophes, de peoples, de buts de football et de "bons" mots d'hommes
politiques. Cette véritable ritournelle endors l'esprit critique.
Espérons que Barack Obama soit un visionnaire quand il précise "Nous pouvons
nous y adapter" car dans le cas contraire ce sera la fin de la démocratie tuée
non pas par une idéologie terriblement puissante mais par de la simple
désinformation de bas niveau.
Comme le dit si bien depuis des années la marionnette de PPD sur Canal +, "vous
pouvez éteindre votre poste de télévision et reprendre une activité
normale".








